Un rassemblement linguistique des Premières Nations à Montréal rassemble les voix

Montréal, Québec (1er et 2 avril 2025)

Le Bureau du commissaire aux langues autochtones (le Bureau) a organisé un formidable rassemblement linguistique de deux jours à Montréal, au Québec, pour faire entendre les voix et les points de vue des Premières Nations de la région. Cet événement s’inscrivait dans la continuité de rencontres linguistiques récentes à travers le pays, en donnant davantage de visibilité aux témoignages et aux réflexions des défenseurs des langues dans ce coin de pays. L’objectif premier de l’événement était de soutenir la diversité des vécus et des savoirs des aînés, des jeunes, des gardiens des langues et des experts qui œuvrent activement à la réappropriation, à la préservation et au renforcement de leurs langues. Ce rassemblement tenu à Montréal a également permis au Bureau de mieux comprendre les complexités linguistiques particulières auxquelles sont confrontés les peuples des Premières Nations du Québec.

Manon Richard, l’animatrice de la rencontre, a accueilli avec enthousiasme tous les participants et a invité l’aîné Kevin Deer à ouvrir la séance. L’aîné Deer a prononcé des paroles pleines de sagesse et a mis en avant l’importance de nos récits de la création, qui sont intimement liés à nos langues. L’aîné Deer a déclaré : « Chaque jour est un cadeau, car c’est grâce à nos langues et à nos récits de la création que nous comprenons qui nous sommes, d’où nous venons et où nous allons. »

Le chef David Diabo, du Conseil des Mohawks de Kahnawà:ke, accompagné de défenseurs de la langue issus de la communauté, a partagé des récits inspirants sur la persévérance et l’importance de préserver nos langues. L’aîné Elder a évoqué son engagement pour que ses enfants participent à un programme d’immersion en kanienʼkéha, luttant contre les craintes de la communauté selon lesquelles l’apprentissage de leur langue retarderait leurs enfants. Il a fièrement raconté que sa petite-fille, Sha’teiohserí:io Patton, parle désormais couramment le kanienʼkéha et est diplômée de l’université de Stanford; il a conclu en déclarant : « Lorsque votre langue et votre culture auront disparu, en tant que peuple, vous aurez vous aussi disparu. » Le chef Diabo a également souligné l’importance des rassemblements linguistiques à travers le pays, car c’est grâce à ces rencontres que les langues, cultures et identités autochtones continueront d’être mises en valeur dans toutes les sphères de la vie.

Le commissaire Ignace a remercié l’aîné Deer, le grand chef Diabo et les membres de la communauté de Kahnawà:ke d’avoir si bien lancé la soirée, puis il a offert un aperçu des origines, du mandat et des activités du Bureau. Il a réaffirmé que grâce aux rassemblements linguistiques et à d’autres initiatives, « le Bureau continuera à aller à la rencontre des gens, à tisser des liens, à réunir les personnes et à collaborer avec tous les partenaires afin de soutenir les efforts de revitalisation linguistique des peuples autochtones ». La soirée s’est terminée par une prestation pleine d’énergie de Derek Miller, dont la musique a permis aux participants de célébrer dans une ambiance festive.

La deuxième journée a commencé par la projection de la vidéo Nos langues, nos voix, réalisée par le Bureau et disponible en français et en anglais, qui porte sur l’importance fondamentale des langues autochtones.

La directrice Joan Greyeyes a à son tour souhaité la bienvenue aux participants au rassemblement linguistique et a expliqué que cet événement offrait au Bureau l’occasion d’entendre directement les défenseurs des langues s’exprimer sur leurs besoins en matière de revitalisation, donner leurs points de vue et parler de leurs expériences. Au cours de la journée, les participants ont écouté Daniel Brant, Ph. D., parler des ressources financières consacrées aux langues autochtones. Dans son discours, M. Brant a souligné qu’il existait un besoin crucial de financement à long terme et durable pour faire face au déclin rapide des langues autochtones et du nombre de locuteurs natifs.

Les participants ont ensuite eu l’occasion d’exprimer leurs points de vue sur la revitalisation des langues dans le cadre de discussions animées organisées en petits groupes. Les thèmes suivants ont été abordés au cours des discussions :

  • le besoin d’un financement adéquat et durable;
  • le besoin de reconnaître les locuteurs et les enseignants en tant que gardiens du savoir;
  • l’importance d’inclure de manière sérieuse les jeunes dans les efforts de revitalisation; et
  • les besoins croissants pour des programmes de formation d’enseignants spécialisés en immersion.

Cette rencontre a également mis l’accent sur la jeunesse lors d’une table ronde qui leur était consacrée, au cours de laquelle les participants ont pu écouter des jeunes s’exprimer sur leurs besoins en matière de revitalisation linguistique. Les jeunes ont souligné l’importance de la transmission intergénérationnelle des langues parce que « nos langues sont vivantes, et elles doivent faire partie de nos vies. »

Profitant de l’occasion unique que représentait la tenue de cet événement à Montréal, Sarah Cleary, représentante du Comité régional des langues ancestrales (CRLA), a mis en lumière les particularités du contexte linguistique au Québec. Dans sa présentation, Sarah a évoqué les subtilités des dix langues des Premières Nations sur ce territoire. Ils ont parlé des défis liés à leur revitalisation, notamment les inégalités de financement et les pressions exercées par la province pour donner la priorité au français. En fin de compte, « ce sont les Premières Nations qui sont les mieux placées pour assurer la protection et la revitalisation de leurs propres langues ».

Une présentation sur l’intelligence artificielle (IA) donnée par Shingai Manjengwa a permis d’illustrer le conflit potentiel entre les savoirs traditionnels et les nouveaux modèles d’apprentissage systématique. Dans le but de concilier ces différents systèmes de connaissances, Shingai a souligné l’importance pour les communautés autochtones d’enregistrer leurs travaux auprès des instances gouvernementales officielles afin de garantir que les outils d’IA créés en lien avec les langues autochtones soient approuvés et certifiés.

L’intervention de Lorna Willam, Ph. D., sur la planification stratégique a porté sur les méthodes permettant de faire progresser le travail de revitalisation des langues. Dans sa présentation, elle a souligné que les réflexions stratégiques actuelles sur les langues sont souvent influencées par une vision occidentale et se basent sur l’anglais. Par conséquent, toute planification stratégique future concernant les langues autochtones doit donner la priorité aux systèmes de valeurs et aux savoirs autochtones, et « doit préserver nos liens avec le territoire et nos ancêtres ».

Alors que la rencontre touchait à sa fin, le directeur Robert Watt s’est adressé aux participants, soulignant l’importance de faire preuve de solidarité, mettant en avant la présence significative des Inuits dans les centres urbains. Il a également plaidé en faveur de la mise en place d’initiatives susceptibles d’élargir la vision du monde des jeunes.

Le rassemblement linguistique de Montréal s’est achevé sur une note positive, les participants se sentant revigorés et unis après avoir réfléchi ensemble aux moyens de faire progresser leurs initiatives respectives en matière de revitalisation linguistique. Pour reprendre les mots de Mme Willams : « Le monde a besoin de notre savoir pour apprendre à vivre en paix et en harmonie; c’est ce que l’on trouve dans nos récits, nos langues et la manière dont nous vivons en communauté. »